Edito d’Antoine Desbarrières

Directeur de QUALITEL

Si nous sommes entrés dans le rythme vertueux des évolutions réglementaires relatives aux performances énergétiques des constructions neuves, il manquait clairement à la France des exigences du même ordre pour le parc des bâtiments existants. Cette fois, nous y sommes et c’est tant mieux, car chacun le sait, l’enjeu de la réduction des émissions de gaz à effet de serre provenant des bâtiments se situe bien là.

Mais comme toujours chez nous, les critiques sont déjà nombreuses.

Après la première étape nécessaire de la réglementation (réglementation par éléments) qui prendra effet au mois de novembre 2007, pourquoi se limiter à ce point dans la deuxième étape prévue en avril 2008, et qui fixera un niveau de performance énergétique minimum lors de réhabilitations. Pourquoi ne réglementer que lors de travaux importants sur des bâtiments de plus de 1000m² ? (Le seuil actuel limite fortement la portée du décret du 19 mars qui ne devrait concerner que quelques très grosses réhabilitations).
Nous devons à mon sens dépasser ces interrogations même si elles sont fondées. L’essentiel est d’amorcer le mouvement, afin que les professionnels adoptent de nouveaux comportements et de nouveaux modes constructifs (lorsque ce n’est pas déjà fait) : nous savons qu’il faut 2 à 3 ans à l’ensemble de la filière construction pour « intégrer » la réglementation thermique dans le neuf, nous avions donc besoin de lancer très vite celle de l’existant. Pour ce qui est des seuils ou des niveaux de performance exigibles (encore en cours de définition par la DGUHC), je ne doute pas que les échanges puis les conclusions du Grenelle de l’Environnement contribueront à les reconsidérer très rapidement.

Mais attention, les dangers existent et il ne faudra pas confondre vitesse et précipitation.

Tout d’abord, il faut que cette réglementation soit bien comprise et applicable. Cela signifie que les industriels doivent être prêts et capables d’apporter les réponses techniques ad hoc. Cela signifie aussi que l’ingénierie et les entreprises doivent avoir développé les compétences nécessaires (compte tenu de la pénurie de personnels qualifiés dans la filière technique du bâtiment, c’est un vrai challenge, qui si on étend largement le champ couvert par la réglementation, devient un obstacle quasi infranchissable en l’état). Cela signifie enfin que doivent être mis en place les dispositifs financiers incitatifs permettant ce nécessaire mouvement…
Ensuite et surtout, il faut veiller à ne pas commettre l’erreur irrémédiable qui consisterait à se lancer dans un grand mouvement national de réhabilitations thermiques sans se soucier des autres critères qui concourrent à la qualité d’un bâtiment. Nous payons aujourd’hui ces erreurs commises dans le passé où la France a construit beaucoup mais mal : le coût sociétal d’un habitat inadapté n’est pas mesurable. Si la réglementation thermique dans le neuf est bien encadrée par les autres réglementations, il n’en sera pas de même sur les bâtiments existants : il sera « facile » de changer des équipements, d’isoler un bâtiment, mais dans le même temps, il faudra être vigilant au renouvellement de l’air, au confort acoustique... Le caractère multicritères d’une rénovation est essentiel et incontournable.
Alors, pour qu’après la RT 2005, cette réglementation soit le deuxième pas face aux enjeux énergétiques du XXI siècle, il nous faut nous mobiliser sur la recherche de procédés de construction innovants, sur la formation des professionnels et l’information du Grand Public, sur l’implication de tous les acteurs institutionnels dont le concours sera nécessaire (j’y inclus bien sûr QUALITEL et ses certifications).

La réussite sera plus que jamais à ce prix ! .

Antoine DESBARRIERES - Directeur de QUALITEL